dimanche 26 février 2017

Le mois de l’étrange


















Le festival In Extremis affiche à Toulouse un mois de propositions inclassables au Théâtre Garonne, au carrefour du théâtre, de la musique et de la danse.

Rendez-vous annuel du Théâtre Garonne, In Extremis invite de nouveau cette année à Toulouse une nébuleuse d’artistes, ouvrant une fenêtre sur des formes inattendues et des aventures artistiques inclassables. Au carrefour du théâtre, de la musique, de la danse et de la performance, on attend des acteurs, danseurs, musiciens, marionnettistes venus de Melbourne, Anvers, Belgrade, Béziers, etc. Tous mixent des formes hybrides, dynamitent les normes, se jouent des genres et du rapport au spectateur.


Étalée sur un mois, cette programmation fleuve s'ouvre avec un atelier de cartographie amoureuse. Le public y est invité à recréer des paysages sensibles pour dessiner une carte du tendre, d’après les histoires sentimentales, les lieux réels, imaginaires et affectifs de chacun. Des nouveaux venus sont annoncés, tels Pieter Ampe et Benjamin Verdonck, duo de performeurs anversois qui puisent dans le burlesque à la Buster Keaton et élèvent l’absurde au rang du savoir-vivre. Chanteurs, danseurs, machinistes ou parfois simples accessoires de ce spectacle farfelu, ils s’attachent dans "We don't speak to be understood" à régler avec une minutie maniaque un chaos grandiose sur les "Quatre saisons" de Vivaldi.


On croisera également Sarah Le Picard et Nans Laborde-Jourdaa qui revisitent avec "Apocalypse" le tournage d'"Apocalypse Now", de Francis Ford Coppola, tel qu’il est relaté par sa femme. Leur théâtre loufoque et bricolé fait valser les dollars, le typhon, la mélancolie de l'épouse et le naufrage d'une époque. La loufoquerie sera au rendez-vous de "Atelier", nouvelle collaboration des compagnies TG Stan, de Koe et Maatschappij Discordia - après "Onomatopée" et "Du serment de l’écrivain du roi et de Diderot" - pour une plongée dans le «métier du théâtre». Où l’on retrouvera les élucubrations rocambolesques de Matthias De Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede.


"Erotic Dance" réunit le danseur Luke George et le musicien Nick Roux pour une expérience d’art primitive, intime et viscérale, autour de la phrase de Susan Sontag : «Nous avons besoin d’un érotisme de l’art». Dans "Uni*Form" (photo), le cinéaste Jorge León et la chorégraphe Simone Aughterlony interrogent notre rapport au pouvoir et les comportements humains qui le structurent : sept performeurs habillés en policier sont cernés par des gradins et scrutés par les spectateurs, le temps d’un spectacle engagé, cru, et puissant. On retrouvera également la canadienne Antonija Livingstone, associée la saison dernière à Simone Aughterlony dans "Supernatural". Elle revisite dans "Études hérétiques" le banquet de la Grèce antique réservé aux patriciens et à leurs éphèbes, dans une version hérétique et extravagante.


"La Vie des Formes" met en scène un marionnettiste et sa créature construite de matières assemblées qui partage le plateau avec un écrivain évoquant les forêts primitives, les tremblements de terre, les processus lents du vivant. "Le Quinzième Congrès extraordinaire" de la performeuse Vlatka Horvat invite sept femmes qui ont grandi en ex-Yougoslavie et ont été témoins de son explosion, avant de fuir pour la France, dans la région de Toulouse. In extremis dévoile enfin les projets en chantier de création de Jeanne Candel, d’Alain Béhar, et de la compagnie Baro d'Evel.


Jérôme Gac

"Uni*Form" © Jorge Leon


Du 4 au 31 mars, au Théâtre Garonne,
1, avenue du Château d’Eau, Toulouse. Tél. : 05 62 48 54 77.


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