lundi 10 octobre 2016

Tradition et modernité

















En ouverture de la saison chorégraphique du Théâtre du Capitole, le Ballet du Capitole reprend la version du "Corsaire" signée par Kader Belarbi.
 

Dirigé par Kader Belarbi et composé de 35 danseurs de onze nationalités différentes, le Ballet du Capitole est une compagnie ouverte aux propositions de nombreux chorégraphes. Entre tradition et modernité, s’affirmant comme un «outil au service de la diversité des langages chorégraphiques», elle sera cette saison une fois de plus fidèle à sa vocation transgenre : de Petipa à Preljocaj en passant par Forsythe. 

"Le Corsaire" a été créé en 1856 à Paris, d’après le poème de Lord Byron. Kader Belarbi a réorganisé la cohérence narrative du poème pour en proposer une relecture dansée par le Ballet du Capitole en 2013. En étroite collaboration avec le chef d’orchestre David Coleman, la partition d’Adolphe Adam fut alors réagencée, découpée et étoffée, notamment par l’ajout de musiques de Massenet, Lalo, Sibelius, etc. Le maestro retrouve cet automne la fosse du Théâtre du Capitole à l’occasion de la reprise de cette chorégraphie signée Kader Belarbi déjà représentée en Chine, en Italie et prochainement à Paris. Conte épique et ballet académique autant qu’orientaliste, «"le Corsaire" n’est pas réapparu sous une signature française depuis la version de Joseph Mazilier en 1856», assure Kader Belarbi. Dans cette version, il s’applique à «enchaîner les tableaux avec une souplesse cinématographique, jouant sur les péripéties de l’action et la virtuosité des ensembles, l’esprit du ballet romantique et l’exotisme des divertissements». Ce spectacle est proposé à Toulouse en ouverture de la saison du Ballet du Capitole.


Après "Giselle" la saison dernière, Kader Belarbi revisitera au printemps cet autre célèbre ballet qu’est "Don Quichotte". Créé au Bolchoï en 1869, sur une chorégraphie de Marius Petipa, il s’inspire de l’œuvre de Cervantès et narre les amours contrariées de la belle Kitri et du barbier Basile. Koen Kessels dirigera au Théâtre du Capitole cette partition de Ludwig Minkus. 


Alors que le Théâtre Garonne invite la compagnie toulousaine à reprendre "Grossland" et "Eden (duo)", pièces de Maguy Marin récemment entrées au répertoire, on reverra à la Halle aux Grains trois autres pièces contemporaines créées entre 1996 et 2009 et déjà au répertoire du Ballet du Capitole. "A million kisses to my skin" est une pièce de l’Anglais David Dawson qui détourne, sur le premier concerto pour clavecin de Bach, les codes du ballet classique en s’appropriant la musicalité à la Balanchine, et la prouesse technique, l’asymétrie et les déséquilibres à la Forsythe. "The Vertiginous thrill of exactitude" (Le vertigineux frisson de l’exactitude) est l’une des pièces les plus classiques de William Forsythe, maître de la déstructuration du mouvement, qui tel George Balanchine puise dans le vocabulaire académique du ballet, mais pour atteindre une vélocité des pas à la limite de l’exécutable. Dans "A.U.R.A.", Jacopo Godani exploite de son côté l’énergie du mouvement classique pour le torde. 


Composé de deux ballets d’esthétiques différentes qui s’intéressent à l’art poétique et spirituel de la danse, le dernier programme de la saison se veut un hymne au corps, masculin et féminin. Déjà au répertoire du Capitole, créé au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg en 1908, sur une musique de Chopin orchestrée par Glazounov et Keller, "Chopiniana" de Mikhaïl Fokine se réfère à "la Sylphide" pour rendre hommage à la plus pure poésie du geste romantique. Une pièce d’Angelin Preljocaj entrera au répertoire de la compagnie : "MC 14/22 (Ceci est mon corps)" est une allusion au chapitre 14, verset 22 de l’Évangile selon Saint Marc. Explorant le corps masculin, le chorégraphe y exhibe un processus exponentiel de multiplication des corps, tout comme le Christ multiplia les pains.
 

Jérôme Gac
"Le Corsaire" © Francette Levieux
 

"Le Corsaire", du 20 au 25 octobre, au Théâtre du Capitole,
place du Capitole, Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13.
 

Au Théâtre du Capitole :
Rencontre avec K. Belarbi, vendredi 14 octobre
, 18h00 ;
Carnet de danse, samedi 15 octobre, 18h00.

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