lundi 3 octobre 2016

Regards sur le monde


















Jacky Ohayon présente les grandes lignes de la saison internationale et pluridisciplinaire du Théâtre Garonne qu’il dirige à Toulouse.
 

Jacky Ohayon : «Nous retrouverons des équipes qui sont associées à cette maison. Nous avons aussi écrit quelques parcours autour d’artistes qui présenteront plusieurs facettes de leur travail. Il y a enfin des artistes qui nous sont proches parce qu’ils vivent et travaillent autour de nous et sont souvent des voisins. Il y a une forte présence théâtrale et chorégraphique, et une place particulière réservée à la musique pas encore annoncée dans le détail parce qu’elle s’écrira tout au long de l’année.»

Ouverture de saison
 

«Dès l’ouverture de la saison, se dessine cette dimension internationale qui est assez régulière chez nous. Du début octobre à la mi-novembre, je crois qu’on lie tout l’esprit et les esthétiques que l’on développera cette saison. Nous accueillons ainsi pour la première fois, avec le TNT, le collectif grec Blitztheatergroup qui présentera "Late Night". Créé en 2012 à Athènes, ce spectacle est rattaché à la vision par les membres de cette équipe de la situation grecque de ces dernières années. On y trouve une sorte de mélancolie du souvenir, où la joie de se retrouver finit par prendre le dessus sur les situations traversées. Le Blitztheatergroup fait partie de ces écritures que nous aimons donner à découvrir. Nous retrouverons l’artiste japonais Toshiki Okada, révélation de ces dernières années, que nous avons déjà invité à plusieurs reprises. Il présentera "Time's journey through a room" (photo), son dernier opus créé au printemps dernier. Auteur et metteur en scène, son écriture est d’une extrême perspicacité dans l’observation du monde qui l’entoure. On trouve souvent chez lui de l’humour, mais toujours avec minimalisme et une profonde élégance. L’artiste new-yorkais Richard Maxwell revient avec sa dernière pièce "The Evening", qui est autant musicale que théâtrale. C’est un artiste et un auteur que nous aimons beaucoup. Sylvain Creuzevault revient avec "Angelus Novus", un "Faust" réécrit pour une vingtaine d’interprètes qui sera présenté ici tout de suite après sa création à Strasbourg. C’est un jeune et talentueux metteur en scène qui trouve ici, aussi bien dans sa relation au public que dans sa relation au théâtre, un bout de sa maison. Il y a pour nous comme une évidence d’essayer de l’accompagner même si ses productions dépassent souvent la capacité de ce théâtre. Ensuite, Mladen Materic présente un projet de grande importance dans son parcours : la mise en scène d’une pièce de Peter Handke, "l'Heure où nous ne savions rien l'un de l'autre", transposée quelque part en République Serbe de Bosnie et réalisée avec les acteurs du Théâtre national de République Serbe. Handke raconte le monde en observant les déplacements des uns et des autres sur une place près de Versailles - chez lui - pour dire quelque chose de ce monde-là à un enfant qui allait naître, son enfant. Materic a choisi de raconter l’histoire de cette ex-Yougoslavie qui a traversé différentes périodes dans l’histoire, c’est aussi une façon de regarder le monde. Enfin, dans cette période d’ouverture, nous retrouverons la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues, dotée d’un regard extrêmement perspicace sur les choses essentielles. Elle a cette fois travaillé dans la forêt amazonienne pour lire tout le poids de cette grande transformation des rapports économiques liés à la nature.»
 

Les compagnies associées
 

«Tg Stan croisera le travail de Tiago Rodrigues, un auteur, metteur en scène et acteur qui entretient une histoire sensible avec ce théâtre puisqu’il a joué pour la première fois en français ici même, lors de la création d’"Antigone" de Tg Stan. Tg Stan a demandé à Tiago Rodrigues – qui dirige aujourd’hui le Théâtre national de Lisbonne – d’écrire une pièce pour eux. La création de ce texte, "The Way she dies", aura lieu à Lisbonne et sera présentée à Toulouse. Tg Stan jouera "Art", de Yasmina Reza, produit avec la compagnie néerlandaise Dood Paard. Ce type de répertoire pourrait être tout à fait inattendu au Théâtre Garonne, mais la manière dont Tg Stan s’approprie certains textes est passionnante et extrêmement amusante. C’est exactement ce qui s’était passé lorsqu’ils avaient choisi d’adapter l’"Antigone" d’Anouilh. Ils seront aussi présents de façon souterraine, lors d’un travail en cours de recherche pas encore abouti. Nous avons participé à la production de la prochaine pièce de Jeanne Candel avec la compagnie La Vie Brève, autre équipe associée. Aujourd’hui en cours d’écriture, leur pièce "Orfeo", d’après Monteverdi, sera présentée au TNT. "Le Crocodile trompeur", montré ici il y a deux ans, ouvrait la voie d’un travail important autour du lyrique. Elle est dans la continuité de cette démarche.»

Parcours artistiques
 

«Nous présentons de nouveau les deux spectacles de Jonathan Capdevielle: "Adishatz/Adieu" et "Saga". Deux créations d’un formidable duo d’artistes italiens - la grande actrice Daria Deflorian et le danseur de formation Antonio Tagliarini - seront à l’affiche, puisque nous reprenons "Reality" qui fut une franche découverte et nous découvrirons leur dernière création, "Il cielo non e un fondale".»
 

La musique
 

«Deux installations dédiées à la musique ouvrent notre saison, en partenariat avec le Printemps de Septembre. Nous tentons de reconfigurer la place de la musique, en raison de la disparition du cycle Présences Vocales conçu notamment avec Frédéric Chambert qui vient de quitter la direction du Théâtre du Capitole. Le premier rendez-vous musical aura lieu le 19 novembre. Il a été imaginé comme un parcours le temps d’une soirée, en immersion dans des univers où tous les espaces du théâtre seront dédiés à la musique. Nous cherchons à échapper à la convocation pour un simple concert, et aussi à utiliser l’ensemble du théâtre comme un instrument.»
 

Budget en baisse
 

«La réduction du financement de la Ville, dans le budget du Théâtre Garonne en particulier et pour le secteur culturel en général, qui a débuté en 2015 se poursuit en 2016. L’impact de cette baisse de subventions est lourd. Je crois que nous entrons de ce point de vue dans une nouvelle période qui risque de connaître quelques retraits en matière de financement. Les raisons de ces retraits sont il me semble avant tout politiques. Ces retraits sont évidemment justifiés par la question de la redistribution de la fiscalité entre l’État et les collectivités territoriales, mais c’est une question politique. Cette nouvelle période va imposer à ceux qui ont la responsabilité de lieux comme celui-ci ou du point de vue des politiques culturelles de réécrire collectivement l’histoire aujourd’hui et de se projeter dans les années qui viennent. Les conséquences sont lourdes et nous pouvons difficilement nous adapter d’une année sur l’autre à des variations budgétaires conséquentes. D’une certaine manière, nous avons la chance d’être dans une ville qui connaît un essor économique réel. Les collectivités territoriales qui nous soutiennent ici, le Conseil départemental et le Conseil régional, travaillent aussi avec des réalités économiques en développement dans leurs relations vis-à-vis de la métropole toulousaine. L’État, qui est un partenaire important de notre activité, maintient pour l’instant son financement. Mais nous n’avons plus de partenaire de développement, et cette question-là est fondamentale. Les saisons, d’un point de vue strictement économique, sont de plus en plus difficiles à imaginer et à boucler. Cela nous impose une nouvelle façon de voir les choses, nous devons essayer de nous adapter à cette réalité. Les schémas que nous connaissions jusqu’à aujourd’hui doivent être en partie réaménagés plutôt que de subir ici ou là les effets négatifs de telle ou telle décision.»
 

Propos recueillis par Jérôme Gac
le 22 septembre 2016, à Toulouse.
"Time's journey through a room" © Elke Van den Ende
 

Installations, dans le cadre du Printemps de Septembre :
"Luanda-Kinshasa" de Stan Douglas, "The Visitors" de Ragnar Kjartansson
jusqu’au 23 octobre, du mercredi au dimanche, de 12h00 à 20h00, entrée libre.
 

"Late Night", du 5 au 11 octobre, du lundi au samedi, 20h00 ;
 

"Angelus Novus. AntiFaust", du mardi 18 au vendredi 21 octobre, 19h30 ;
 

"Time's journey through a room", du 13 au 15 octobre ;

"L’Heure où nous ne savions rien l’un de l’autre", du 3 au 5 novembre ;
 

"The Evening", du 8 au 11 novembre.
 

Théâtre Garonne, 1, avenue du Château d’Eau, Toulouse. Tél. : 05 62 48 54 77.

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