jeudi 1 septembre 2016

Toute première fois


















Nouveau directeur du Théâtre Sorano, le metteur en scène Sébastien Bournac évoque sa première saison imaginée pour le public toulousain.
 

Première saison

Sébastien Bournac : «L’exercice de la programmation est nouveau pour moi. C’est une saison que j’assume pleinement parce qu’elle correspond au projet que j’ai écrit pour répondre à l’appel à candidature de la Ville. Lorsqu’en juillet 2015 j’ai été nommé à la tête du Théâtre Sorano, j’ai profité de cette situation pour aller à la rencontre de nombreux artistes. Je suis un spectateur très régulier depuis de nombreuses années, mais j’avais peut-être tendance à aller un peu moins au théâtre ces derniers temps. J’ai vu beaucoup de spectacles, et chaque spectacle vu l’était avec le même enthousiasme et la même attente, celle de savoir comment le spectacle répond aux problématiques formalisées dans le projet. J’ai conçu cette saison comme on fait son marché, en choisissant les meilleurs produits possibles pour préparer un dîner fastueux et enthousiasmant pour le public. Il y avait les grandes lignes que j’avais définies, des directions vers lesquelles je voulais tendre : une programmation en partie hors les murs, des spectacles musicaux qui marient les mots et le chant d’une façon singulière, j’avais une grande envie d’histoires de théâtre, des histoires du passé vraiment revisitées – comment formellement proposer aujourd’hui quelque chose avec ces textes là -, et le cœur du projet qui est l’envie d’être attentif à la jeune création, d’arriver avec une programmation qui permette au public toulousain de découvrir de nouveaux artistes. Je me suis investi personnellement, j’ai vu ces derniers mois plus de 300 spectacles partout en France et au-delà. Il en reste 25. Je les ai choisis aussi pour le dialogue que je pouvais nourrir avec les artistes au Sorano, voir comment ils peuvent participer à l’énergie du lieu et à une vitalité artistique, avec aussi une attention particulière à la proximité caractéristique qu’on peut avoir ici avec le public.»


Hors les murs


«Beaucoup de gens ignorent qu’il y a un théâtre derrière les colonnes monumentales du 35 allées Jules-Guesde. Pour amener de nouveaux publics ici, le moyen que je trouve le plus juste est d’aller faire du théâtre près de chez eux, de déterritorialiser l’acte théâtral ce qui généralement le dédramatise. Plusieurs spectacles de la saison seront décentralisés, présentés dans plusieurs lieux de la métropole, dans les établissements scolaires, ou dans ce quartier formidable à proximité du Quai des Savoirs et du Muséum. À l’occasion des Journées du Patrimoine, nous invitons ainsi au Quai des Savoirs le conteur Sébastien Barrier pour célébrer notre patrimoine viticole, avec sa conférence œnolo-ludique "Savoir enfin qui nous buvons".»


«Supernova»


«C’est un des cœurs de la programmation. Nous présentons en novembre, pendant trois semaines, cinq spectacles parmi les plus marquants de la jeune création. En première partie de soirée, des projets encore en chantier seront présentés par de jeunes collectifs issus notamment du conservatoire de Toulouse.»


Molière par Gwenaël Morin


«Je suis fasciné par le geste de Gwenaël Morin, par ce concept de “théâtre permanent” qu’il développe depuis plusieurs années - c’est-à-dire le matin on est en formation avec des amateurs, l’après-midi on répète et le soir on joue, on est toujours en état de création. Dans ce projet, il travaille avec des jeunes acteurs du conservatoire de Lyon pour monter quatre pièces de Molière en tirant les rôles au hasard. Avec quasiment aucun moyen, cette équipe s’empare de ces textes qu’ils respectent à la ligne. On peut les voir séparément durant la semaine ou les quatre à la suite, le samedi : "L’École des femmes", "Tartuffe ou l’Imposteur", "Dom Juan ou le Festin de Pierre", "Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux". C’est une formidable aventure théâtrale. De plus, il est dans un geste de transmission : nous constituerons une troupe de neuf acteurs à laquelle la troupe de Gwenaël Morin transmettra les rôles d’une des pièces. Cette troupe éphémère pourra ensuite présenter à son tour la pièce autour de Toulouse. Le cycle s’intitule “les Molière de Vitez” puisqu’il a repris les pièces montées par Vitez dans les années quatre-vingt. Avec ce projet de transmission, ça devient les Molière de tout le monde. C’est vraiment un projet central pour le Théâtre Sorano. Il incarne l’énergie populaire qu’on recherche, et aussi cette envie de partage et de générosité, et puis le fait d’être davantage dans un geste politique que dans une sophistication esthétique de la représentation.»


Propos recueillis par Jérôme Gac

le 29 juin 2016, à Toulouse.
S. Bournac © Patrice Nin

 

"Savoir enfin qui nous buvons", vendredi 16 et samedi 17 septembre,
19h00, Quai des Savoirs
.

Réservations : Théâtre Sorano, 35, allées Jules-Guesde, Toulouse.
Tél. : 05 32 09 32 35.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire