lundi 2 mai 2016

Shakespeare addict

 












Laurent Pelly reprend au Théâtre national de Toulouse sa mise en scène du "Songe d’une nuit d’été", de Shakespeare, avec Marie-Sophie Ferdane. Entretien avec le directeur du TNT.

Pièce hors norme, "A Midsummer Night’s Dream" – littéralement «Un songe d’une nuit de la mi-été» – est le titre original de cette comédie achevée vers 1595. On y suit deux jeunes filles et deux amoureux, tous quatre soumis aux jeux cruels de la rivalité et aux caprices du désir. Une potion aphrodisiaque qui complique tout, le roi et la reine des fées qui se disputent un enfant, et une troupe d’artisans, comédiens amateurs, qui préparent une pièce pour le mariage d'un Duc sont autant d’ingrédients – réels ou rêvés ? – d’un chassé-croisé insensé dans une forêt propice aux métamorphoses. Soit, le programme d’une nuit d’été et d’amour très agitée, merveilleusement mise en scène par Laurent Pelly en 2014, au Théâtre national de Toulouse.

Du fait de l’énorme demande de nouvelles pièces de divertissement à l’époque élisabéthaine, il est très probable que la pièce ait été jouée dans la foulée de son écriture. William Shakespeare est alors un acteur et un auteur en vue, admiré et jalousé. C’est un véritable entrepreneur de spectacles, dont l’œuvre comprend aussi bien des pièces historiques que des tragédies et des comédies, et dont la troupe est soutenue par Lord Chamberlain, ministre responsable des divertissements royaux. En 1603, il devient locataire du Théâtre du Globe, la plus prestigieuse scène de Londres, avant de se retirer huit ans plus tard à Stratford-upon-Avon. Il meurt dans sa retraite le 3 mai 1616, soit 400 ans jour pour jour avant la reprise du spectacle de Laurent Pelly au TNT.


Extrait: «J’ai eu une vision très extraordinaire. J’ai fait un rêve, ça dépasse le pouvoir de l’esprit humain de dire quel rêve c’était. L’homme n’est qu’un âne s’il tente d’expliquer ce rêve. Il me semble que j’étais… personne ne peut dire quoi. Il me semble que j’étais, et il me semble que j’avais… Mais l’homme n’est qu’un bouffon bariolé s’il prétend dire ce qu’il me semble que j’avais. L’œil de l’homme n’a pas entendu, l’oreille de l’homme n’a pas vu, la main de l’homme ne peut pas goûter, sa langue concevoir, ni son cœur raconter ce qu’était mon rêve. Je vais demander à Peter Quince d’écrire une ballade sur mon rêve : elle s’appellera "le Rêve de Bottom", parce que c’est un rêve insondable ; et je la chanterai à la fin de la pièce, devant le duc.» (Acte IV, scène 1)

Vous avez mis en scène quatre pièces de Shakespeare...

 
Laurent Pelly : «Shakespeare est inévitable dans la vie d'un metteur en scène. Je l'avais d'abord abordé en 1994 avec une comédie peu connue, "Peines d’amour perdues", à l'Odéon. C'est un bon souvenir. "Vie et mort du roi Jean" a été une expérience plus difficile : ce n'est pas la meilleure pièce de Shakespeare, elle est très bavarde, et la Cour d'honneur est très impressionnante. Mais la tournée qui a suivi s'est mieux déroulée. J’ai ensuite monté au TNT "Macbeth", une des meilleures pièces du répertoire, avec Marie-Sophie Ferdane qui interprète aujourd’hui Titania dans "le Songe d’une nuit d’été".»
 

La reprise de ce spectacle créé en 2014 et qui réunissait de nombreux acteurs et figurants sur le plateau se fera-t-elle dans les mêmes conditions ?
 

«La distribution est exactement identique. Il y a une quarantaine de personnes sur scène, dont quinze comédiens et plusieurs machinistes, ainsi que seize élèves du Conservatoire qui ne participaient pas à la création du spectacle. C’est une sorte d’atelier que nous reproduisons avec de nouveaux élèves à chaque fois. Ce groupe interprète la Suite qui gravite autour d’Obéron et Titania, le roi et la reine des fées. Lorsque nous avons créé le spectacle, j’avais engagé les sept comédiens qui venaient d’achever leur formation au sein de l’Atelier du TNT, ils seront de nouveau dans cette distribution.»

Sans avoir recours à un décor, vous signez une scénographie qui mobilise toutes les ressources de la machinerie théâtrale…

 
«La scénographie est assez compliquée et l’espace entier du grand plateau est mobilisé jusqu’au fond de l’arrière-scène. On joue beaucoup avec l’illusion du théâtre, le miroir, l’obscurité et la lumière. La pièce est extraordinaire et elle est jouée dans son intégralité : cette magie-là fonctionne aussi.»


Quelles sont les répercussions de la baisse de la subvention municipale prévue pour les prochaines saisons ?


«La totalité des établissements culturels et les compagnies sont concernées par la baisse de 10 % de la subvention déjà appliquée cette saison. On ne connaît pas encore l’ampleur de la baisse pour la saison prochaine. C’est une chose complexe à résoudre. Malheureusement, il faut faire avec et essayer de trouver des moyens ailleurs, ce qui n’est pas facile. Cela implique la réduction des coûts de production, négocier le prix d’achats des spectacles et réduire le nombre de représentations accueillies. Je suis absolument opposé à la réduction du personnel du théâtre : nous n’avons pas envie de casser le travail qui a été magnifiquement accompli depuis notre arrivée il y a huit ans. Je pense qu’il est grave qu’une ville comme Toulouse, la quatrième ville de France, ampute le budget de la culture à ce point, même si tout le monde doit participer à l’effort économique. Pour moi, couper 20 ou 30 % du budget de la culture ne constitue pas une pensée sur l’art. La culture est essentielle pour n’importe qu’elle ville, à fortiori pour une ville comme Toulouse.»


Propos recueillis par Jérôme Gac 

le 20 janvier 2016, à Toulouse
"Le Songe d’une nuit d’été" © Polo Garat / Odessa


"Le Songe d’une nuit d’été", du 3 au 14 mai, du mardi au samedi, au TNT, 

1, rue Pierre-Baudis, Toulouse. Tél. : 05 34 45 05 05.

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