mardi 31 mai 2016

Le révolutionnaire















Le Ballet du Capitole de Toulouse danse "l’Oiseau de feu" dans la version de Maurice Béjart, à la Halle aux Grains.
 

Pour son dernier programme chorégraphique de la saison, le Ballet du Capitole de Toulouse reprend le fameux Grand Pas de "Paquita" dans la version d’Oleg Vinogradov, puis fait entrer à son répertoire l’un des plus grands artistes français du XXe siècle. On découvrira en effet à la Halle aux Grains "l’Oiseau de feu" chorégraphié en 1970 par Maurice Béjart sur la suite pour orchestre qu’Igor Stravinski tira de son ballet. Lors de sa création à l’Opéra de Paris en 1910, le succès récolté par ce premier des grands ballets signés par Igor Stravinski – avant "Petrouchka" en 1911, puis "le Sacre du printemps" en 1913 - propulsa le jeune compositeur sur le devant de la scène. L’argument s’appuie sur de célèbres légendes russes ayant pour héros cet oiseau aux plumes magiques et brillantes de mille feux : grâce à une plume arrachée à l’Oiseau, le prince Ivan Tsarévitch neutralise les pouvoirs d’immortalité du vieux sorcier Kastcheï avant de le tuer, libérant ainsi moult chevaliers et treize princesses captives dans son château. Maurice Béjart revisite le conte, propulsant l’Oiseau dans le XXe siècle des luttes révolutionnaires.

Pour le chorégraphe, «l’Oiseau de feu est le Phénix qui renaît de ses cendres. L’Oiseau de vie et de joie, immortel, dont la splendeur et la force restent indestructibles, internissables. Dans ses entretiens avec Craft, Igor Stravinsky donne les raisons pour lesquelles il préfère voir utilisée pour "l’Oiseau de feu" la suite d’orchestre, plutôt que la version totale du ballet qu’il désavoue assez ouvertement. Dès lors, l’argument du ballet qui suit exactement la partition originale semble caduc et ce qui reste est musique pure, propre certes à une certaine vision chorégraphique, mais incapable de suivre les méandres d’un scénario compliqué. Il n’est donc pas question de remplacer l’argument par un autre ni même de le transformer : essayons plutôt de dégager l’émotion qui parcourt la succession de numéros de la partition ainsi réduite. Que la danse soit l’expression abstraite de ces deux éléments toujours présents dans la musique : un sentiment profond de la Russie, et une certaine rupture avec la tradition musicale qui se traduit par une violence rythmique inaccoutumée et qui suscita à la création les remous que l’on sait. "L’Oiseau de feu" est le Phénix qui renaît de ses cendres. Le Poète comme le Révolutionnaire est un Oiseau de feu», écrit Maurice Béjart.


Jérôme Gac

"L’Oiseau de feu" © Opéra national de Paris
 

Du mercredi 8 au dimanche 12 juin, à la Halle aux Grains,
place Dupuy, Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13.


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