lundi 1 juillet 2013

Tout est normal…


















Retour sur une saison toulousaine au cours de laquelle la question de la norme s’est imposée sur scène avec récurrence, en préambule au débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Dès l’ouverture de la saison, le "Nouveau Roman" de Christophe Honoré occupait la grande salle du Théâtre national de Toulouse. Dans cette création collective dont les personnages sont les auteurs du fameux courant littéraire initié par les Editions de Minuit, le metteur en scène tente de définir ce qui réunit ces artistes tous atypiques. Jérôme Lindon, Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Claude Simon, Robert Pinget, Samuel Beckett ou Claude Mauriac ont chacun en commun le refus de raconter des histoires à la manière de Balzac, à savoir le refus «d’exprimer ou de représenter quelque chose qui existerait déjà (les formes convenues du réel), mais qui cherche au contraire à produire quelque chose qui n’existe pas encore. On voit bien combien ce projet, à l’époque et aujourd’hui, est antipathique à tout ce que l’idéologie dominante ne cesse de ressasser», note Christophe Honoré. Création fleuve, didactique, riche et palpitante, "Nouveau Roman" investit donc les marges de la littérature. À la fin du spectacle, la lente et inattendue révélation de l’homosexualité de Robert Pinget, soulignée par la mise à nu de l’interprète, cristallise une lourde crispation de ses amis écrivains à son encontre.


Au même moment, dans la petite salle du TNT, Éric Vigner présentait la mise en scène d’une pièce commandée à Christophe Honoré pour les jeunes acteurs de L'Académie du CDDB-Théâtre de Lorient - dont Vigner est le directeur. Malgré la préciosité de l’interprétation, "la Faculté" brille par son écriture concise, directe et parfois crue dans sa peinture des relations sexuelles entre garçons. À la fois sec et flamboyant, le texte sublime les rapports amoureux et fait exploser la tragédie avec une violence contenue, déplaçant le récit vers la description d’une banlieue hostile où l’homosexualité est masquée sous le poids menaçant de la famille.


Présentée au Théâtre Garonne, "Bal en Chine", de la chorégraphe italienne Caterina Sagna, empoigne la question de la peur de l’autre en une série de scènes de la vie quotidienne d’un immeuble occidental dont les résidents sont obsédés par des Chinois grouillant dans le sous-sol. À la Cave Poésie, "Un bon Français" est l’adaptation à la scène par Alain Daffos des lettres de délation recueillies par André Halimi dans son ouvrage "la Délation sous l’Occupation". Le metteur en scène rappelle qu’«être un bon Français sous l’occupant nazi, c’était dénoncer les Juifs, les communistes, les francs-maçons... Le gouvernement de Vichy rémunérait les délateurs selon des tarifs appropriés. En 1941, on dénonçait les Juifs, pour les exclure de la vie sociale et les envoyer en déportation, aujourd’hui on assiste à une autre chasse aux sorcières avec les Gitans, les Roumains…».


Présenté au Théâtre du Capitole, "Albert Herring" (photo) de Benjamin Britten est l’adaptation de la nouvelle de Maupassant "le Rosier de Madame Husson". Où, faute de jeune fille vertueuse, un garçon d’épicerie est couronné du titre de «Reine de mai» lors de la traditionnelle fête villageoise. À propos de sa mise en scène, Richard Brunel assure: «Mon travail s’inscrit, comme un certain nombre de mes spectacles, dans une réflexion sur la normalité et la monstruosité. On voit apparaître aujourd’hui des sociétés fermées, ghettoïsées, dans lesquelles s’affirment des règles et des normes étroites, répressives. Or la question qui s’impose est : qui est normal dans une société anormale, celui qui s’intègre ou celui qui explose?».


Dansée par le Ballet du Capitole, "les Noces" du chorégraphe belge Stijn Celis a été créée en 2002 sur la musique d'Igor Stravinski qui remet en question l’institution du mariage. Six couples s’affrontent dans cette pièce où le rite paysan du mariage arrangé est taillé en pièces dans une suite de mouvements effrénés. Avec "l’Apprenti", Sébastien Bournac poursuit au TNT une exploration fructueuse de l’œuvre de l’auteur australien Daniel Keene. Lequel raconte «l’irruption d’un jeune personnage dans une autre vie assez normée et formatée, et qui vient la bousculer. La question qui m’a intéressé est celle de la vie adulte bien installée et réglée quand elle est remise en cause par un enfant qui n’a pas ces préoccupations. Il y a quelque chose d’insupportable dans le statique. Rimbaud parlait des «assis», soutient le metteur en scène.
 

Jérôme Gac
"Albert Herring" © Patrice Nin


Nouvelles saisons disponibles :

Théâtre du Capitole, place du Capitole, Toulouse.
Tél. : 05 61 63 13 13.
Théâtre national de Toulouse, 1, rue Pierre-Baudis, Toulouse.
Tél. : 05 34 45 05 05.
Théâtre Garonne, 1, avenue du Château d’eau, Toulouse.
Tél. : 05 62 48 54 77.
Théâtres Sorano et Jules-Julien, 35, allées Jules-Guesde, Toulouse.
Tél. : 05 81 91 79 19.
Odyssud, 4, avenue du Parc, Blagnac.
Tél. : 05 61 71 75 10.

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